…un peu de nous, histoire…

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Demain, nous serons mardi. Et ce mardi, nous fêterons la 5e rentrée du Pôle Handicap du CMA 19.

Pour en arriver là, il a fallu un peu de temps, un peu d’histoire, un peu de vie.

Une naissance, tout plein de différences, une mort, un stage d’enseignement du théâtre avec des jeunes trisomiques, un Papotin, deux films ( un Huitième Jour et un Monde du Silence), des convictions, quelques impossibles, une obstination, la naissance d’alfée en 2003, des portes ouvertes, la création d’un premier atelier au sein d’un conservatoire (le CMA 15) avec l’association des Musicoliers, une clé sous la porte, des éducatrices spécialisées formidables, des conventions, de l’autisme et de l’inhibition, du polyhandicap et des rires, quelques crises d’épilepsie, des larmes, de la bave, de la tendresse, une notion de temps,

et puis, enfin, des retrouvailles, un directeur de conservatoire (Hacène Larbi au CMA 19), deux bâtons de pèlerin, 5 heures par jour 4 jours par semaine pendant 3 mois de coups de téléphone/rendez-vous/feutres rouge ou vert ou noir, des réunions, négociations, un psychiatre médecin chef,

une rentrée, puis une 2e, demain.

Entre temps, une politique de l’ARS, des choix administratifs, des portes fermées, de la non reconnaissance, des claques, des faux amis, des étiquettes, des non !,

la maison d’alfée trace une route, la sienne, la notre, singulière, loin des subventions, des appels d’offre et des comptes à rendre, c’est vrai, l’art c’est tout ce qui reste,

une maison avec des souvenirs dedans, et un plus un plus un, la conviction que demain. Tout ira bien.

Vous venez ?

 

Yoav Friedlander
Yoav Friedlander

…un peu d’urgence…

.
ce matin, dimanche matin, dans la maison d’alfée

nous entendons celui-là

nous entendons celle-ci…

mais…

nous ne pouvons nous y résoudre

ne pouvons valider aucune des réponses « qu’on » nous souffle…

(comme pour mieux éteindre les braises…)

.
nous pensons… et agissons

.
le meilleur moyen de vivre le mieux possible dans le monde tel qu’il est..?

l’affronter, le modifier, le bouleverser, le transformer, le changer…

/ « art is resistance » /

tu viens ? tu nous rejoins…?

Hum Toks & E.5131 (pour la maison d’alfée…)

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Sonic Area « Nous n’avons pas d’autre choix »…

(hommage à Margaret « there is no alternative » Thatcher)

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"art is resistance"
« art is resistance »

…un peu de marche, encore

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(c) A. E.

Hier, nous avons marché.

Dans les couloirs, les escaliers, les étages, entre les pianos, les harpes, les clarinettes et les percussions.

Marché debout pour accueillir, courbé pour saluer, assis pour jouer

Ostinato de petits gestes, 1+1+1+…, tempo marcato, sostenuto, lento, plusieurs mouvements

La marche toujours.

Le rythme de la maison d’alfée, depuis maintenant dix ans, les pas qui ne se voient pas, ceux qui se font sentir, un peu mal aux jambes, souvent le coeur léger, le sourire aux lèvres. L’air de rien.

Hier, j’ai marché pendant les séances du cycle d’Initiation – celui qui n’existe nulle part ailleurs, celui que l’on veut démanteler quelque part un peu plus haut, cet endroit où on ne sait pas – c’était le jour des ateliers parents/enfants, et nous avons marché ensemble, expérimentant le 1+1+1… la place de l’enfant, ah qu’il est difficile de ne pas être le petit chef de la famille pour le père ou la mère, laisser un autre adulte prendre les rennes,

moment de partage particulièrement enrichissant ces séances-là. Éducatives oui, associatives même. Musicales, toujours. Le geste, être dans le geste, de 2 (et oui les petits frères étaient avec nous aussi, coucou S. !) à 74 ans (et oui les grands-mères étaient là avec nous aussi).

Et puis j’ai marché avec une maman complètement perdue avec sa fille, angoissée à cause de la rigidité d’un professeur, humiliée même, écouter, 1+1+1+…, trouver, chercher, proposer des solutions, rendre le sourire, apaiser. C’est ça aussi la marche, tu croises et rencontres d’autres personnes sur ta route, et puis tu tentes des choses. Le geste. Le geste musical, celui dans lequel tu dois être. Et celui que tu dois partager. Se faire entendre tu sais. 

Et puis j’ai marché avec l’orchestre de jazz, 100 personnes dans le public, à applaudir heureux de voir cet orchestre où le 1+1+1+ formé d’élèves adultes, adolescents, enfants, professeurs, professionnels,

on termine le concert avec « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? », ils chantent, nous jouons, chacun est ce qu’il est, et c’est notre temps. Ils tapent dans leurs mains, je joue du cajòn. Ils chantent, l’orchestre nuance.

Oui c’était aussi une forme de marche hier aussi dans la maison. Avec nos élans, quelques idées, nos actes et les utopies misent en mouvement. Le geste. Celui qui fait toute la différence.

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(c) A. E.

Certains aimeraient bien faire le geste de démanteler tout cela. J’espère que leur main vide sera stoppée à temps.

Rien n’est moins sûr.

Alors, on continue nos pas, on continue de marcher.

 

Vous venez ?

 

 

…un peu de berceuse,

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Parce que souvent dans la maison d’alfée,

le mardi matin, au Pôle Handicap,

on peut nous entendre chanter des berceuses,
ce déploiement de la mamané,

la voix maternante pour une langue maternelle à retrouver,

bercer, chanter, réconforter,
vivre.

C’est aussi le propos de notre création autour des berceuses, avec Ombeline et son papa « une nuit sur le jardin du monde »

Vous venez ?

…un peu d’andalouse, un matin au Pôle Handicap

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Federico Garcia Lorca au piano,

 

Un matin comme un autre, au Pôle Handicap :
On fera de cette journée une balade andalouse (retrouver ma robe rouge), chanter pieds nus sur le plateau, faire du tissus bleu chatoyant les reflets du soleil dans la Méditerranée, donner le rythme du vent, entendre le rire de T. dans la mélopée, retrouver sa langue maternelle, s’ouvrir au monde, pieds nus dans l’eau, un tambourin en cadence, léger, le triangle comme l’ostinato de nos cavalcades, et nos voix, comme nos pieds, libres. A l’abri du monde.

 

 

sur Le Jour Dénudé, aussi, L’ire nue 13, avec Garcia Lorca

…un peu de don…

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Caitro Soto joue du cajòn péruvien

Dans la maison d’alfée aussi nous avons été choyés :

grâce à nos nouveaux adhérents, nous avons pu acquérir ce nouvel instrument : le cajòn

Il nous accompagnera pendant nos ateliers et performances

et les petits, les plus grands, les jeunes des structures médico-éducatives pourront s’en donner à pleines mains.

D’une main à une autre,

d’une main tendue à une main musicienne : le geste et la présence.

Merci à vous, qui allez vous reconnaître.

Vous venez ?

…un peu de sable fin, de collage et de ce Pôle Handicap précieux…

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Collage de l’interview accordé par Agathe Elieva à la lettre d’@ctualité (Direction des Affaires Culturelles, Paris, novembre 2012)

« J’espère apporter aux autres autant que ce que je reçois. L’exploration de la matière sonore avec les publics des Parcours Différenciés et particulièrement celui dont je suis référente « Création & Improvisation » ouvre des portes et montre qu’enseigner autrement est possible. Le retour positif des parents et des équipes médicales m’aide à faire évoluer ma pratique notamment celle des cours d’initiation-éveil pour les enfants à partir de 4 ans »

Parce qu’ici, oui, l’un est dans l’autre, tout s’entremêle et se tisse,

des petits de l’éveil aux petits des ime, de la création artistique (mais quel est donc notre fil rouge ?) à l’improvisation,

dans, entre, hors les murs, les lignes et tutti quanti,

 

parce que bientôt, ce sera le bilan de l’année écoulée, fin du sablier,

sable fin, sable humide, grain dans les rouages souvent,

sable retourné,

nous on continue.

 

Vous venez ?

 

 

 

…un peu de souffle

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J’avais pris les petites routes jusqu’à Apt. Regardé à droite, à gauche, cherché la sous-préfecture. Cligné de l’oeil avec le soleil pâle de décembre. Les papiers sur le siège du mort. Tout était prêt. Rien oublié. Vingt fois j’avais vérifié le contenu. Les signatures. Les statuts et l’idée force d’universalité. C’est-à-dire, aucune limite, ou alors le moins possible.

Des initiales, un peu de magie, de l’agir et des copains. Alfée était née des terres brûlées. Tout pouvait commencer. C’était l’avenir en marche.

Depuis il y a eu du sommeil, des impossibilités, du temps qui passe, à l’ombre, et puis de plus en plus de lumière, des créations, des conventions, des rencontres formidables, des avancées, un site, du partage, de l’émulation, une précision des choses, de ce qui nous lie,

 

 

 

merci à tous ceux avec qui les événements ont été partagés, pensés, vécus, créés, dépassés aussi.

merci à ceux qui ont rejoint notre maison en construction, toujours, chaque jour, encore un peu plus.

merci à tous les enfants avec qui nous avons joué, avec qui nous jouons encore, avec qui nous jouerons demain.

 

Vous venez ?

On souffle.

Dix bougies.

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@ colin blakely

…un peu de fondamentaux, cette liberté dont ils nous parlent…

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Dans la maison d’alfée, nous sommes libres.

Libres, avec de la mémoire dedans.

Aujourd’hui, c’est mercredi. Le jour des enfants. Et finalement, je suis libre de l’être encore. Enfant. Apprenti. En devenir.

Alors, je retourne à mes fondamentaux.

Et je continue de recevoir,

re-découvrir, renouer,

ré-affirmer

certaines notions artistiques, philosophiques, musicales.

Une ligne. Une portée. Celle sur laquelle je me trouve en équilibre au bord des mondes.

Image(federico hurtado)

Quand j’étais une jeune élève d’écriture et de composition, j’avais un professeur. Un maître de musique. Lui-même était l’élève d’un maître. Et ainsi de suite.

Peu importe l’âge en musique, on apprend à jouer tous ensemble, à se vivre ensemble. On se doit d’ailleurs de le faire.

Enfin, ici, c’est ce que nous croyons.

Et c’est ce que nous tentons de créer dans chacune des performances, créations artistiques, auprès des différents publics.

Exploser les limites, l’étiquette, le vecteur, la ligne unique.

Tout est dans tout. En musique c’est évident. Toutes les notes vibrent dans une seule.

Dans ce temps qui vibre de tous les autres temps.

« Que savons-nous du son [Klang] et finalement du [Ton] musical ? Pas beaucoup plus que l’homme préhistorique qui, obéissant à une impulsion intérieure vers la liberté, l’a découvert par une recherche inspirée et, sans le savoir, l’a emprunté à l’univers. Qu’est-ce que le son [Klang] ? Le son est mouvement. Le son est vibration. Qu’est-ce qui se meut ? La matière brute : une corde, une masse d’air ou de métal. Nous savons que tout est mouvement. Si le son est mouvement, qu’est-ce qui distingue le son pouvant devenir musique des autres formes de mouvement ? C’est la structure spécifique et à nulle autre semblable [unverwechselbare] qui est à sa base : les vibrations égales, et qui demeurent égales. »

La Musique n’est rien, Sergiu Celibidache

(textes et entretiens pour une phénoménologie de la musique), éditions Actes Sud

Aujourd’hui, j’ai repris une dose. De mes fondamentaux oui.

Exigence ? Tiens donc. Il y avait longtemps.

La musique n’est rien. Elle est un exercice de notre liberté.

S. Celibidache

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…un peu de poésie…

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Dans la maison d’alfée,

avec les petits des IME, on joue avec les mots,

le son des lettres,

et on recrée des comptines.

Peu importe le sens,

puisque la musique est au-delà du sens,

hors du concept de l’idée,

juste,

la musique scande le mot, le son du mot,

la poésie et ses chants.

(chant pygmée et sanza)

 

Avec les petits et les plus grands, du Sessad par exemple,

on recrée des lignes, des points, une trace,

et on rejoint le graphisme du son,

une partition abstraite, comme un tableau.

La musique c’est aussi la nuance,

tous ces bleus dont on s’abreuve par ici.

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(anselm kiefer, poésie 1969)