…un peu du fleuve Alphée…

île de Folegrandros, F. Le Diascorn
île de Folegrandros, F. Le Diascorn

Ἀλφειός…

Alféo est son nouveau nom. Il continue à serpenter longtemps au Péloponnèse.

Il y avait en Sicile (oh), dans une île (tiens c’est étrange) à Syracuse (j’aimerais tant voir), une fontaine sacrée, elle ne s’appelait pas Désirée mais tout comme, il y avait un fleuve un dieu fleuve amoureux, on dit que leurs eaux se mêlent, on raconte que de la Sicile à la Grèce un tunnel est creusé dans les entrailles de la mer, on murmure que des fleurs poussent venues de Grèce et qu’un morceau de bois jeté dans l’Alphée en Elide réapparaît dans la source d’Aréthuse en Sicile.

Les eaux du fleuve ont permis à Heraclès d’assainir les écuries d’Augias : quelques brèches dans le mur d’enceinte, dévier le cours, et à l’aide du tumulte : continuer le travail.

Il y avait dans notre recherche pour choisir le nom de notre maison une volonté d’y adjoindre beaucoup de bleu et de soleil, nos racines profondes et un peu de sens. Le fleuve n’est pas le seul. Mais on avait trouvé l’accord. Celui qui pouvait émerger de notre cosmogonie personnelle de 2003.

Oui. Alfée pouvait émerger. Comme l’île surgie du chaos.

Coucher de Soleil sur Santorin, F. Le Diascorn
Coucher de Soleil sur Santorin, F. Le Diascorn

Vous venez ?

…un peu de pulse…

© Olivier Seignette
© Olivier Seignette

Garde ta pulse, trouve ton battement, régulier avance, marche. Dans la maison d’alfée, dimanche. Un dimanche comme un lendemain. Un lendemain de dernier jour. Un dimanche comme un veille. Demain, la maison d’alfée souffle ses deux bougies. Deux ans d’un peu, de partage, de chronique, de marche, de 1+1+1+, de musique, d’art, d’enfance. Deux ans de bleu. Et d’amis. Demain, et le jour d’après, nous continuerons à marcher. Droit devant. Jonas un peu sous l’eau, pliant dans les vents contraires, mais on sait, on a l’habitude, on n’a pas peur. Un pas puis un autre, on marche. Garde ta pulse camarade. Joue avec, et retombe sur tes pieds, le bras fier. On avance. Nouveau chapitre d’alfée, elle veille. Lumière allumée, toujours en alerte. Le long terme est l’allure. Le mouvement est la vie. On marche même lorsque personne n’y croit. Le Pôle Handicap du CMA 19 ferme dans sa forme mise en place depuis la rentrée de septembre 2010. La Ville n’a pas souhaité l’institutionnaliser, pour une nouvelle direction il est devenu un « projet personnel ». Ce qui signifie que si la personne s’en va, le Pôle ferme. Soit. Fermons. Dans la maison d’alfée, si on te ferme une porte, tu cherches la fenêtre. Et tu trouves. Vous venez ?

…un peu de je suis…

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ce matin, dimanche après-midi, mercredi 11H30 (ou dimanche encore
encore plus tard…)

ou mercredi 12H21, mercredi… au moment où chacun, chacun son moment, apprend que ceux qu’on a suivis de près de loin, dans le doute, la crainte, le soutien ou le reproche, ont été assassinés

dans la maison d’alfée

on se dit : « oh, le dimanche 4… ou jusqu’au 7 au matin, c’eut été trop facile… »
on se dit aussi parfois qu’un « bonne année ! » bien envoyé (et dans les temps) sauve des vies… une vie, au moins… un sourire ici vers celle

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je suis dirge, je suis death, je suis un morceau à la portée de tous, je suis un chant funèbre, je suis une petite mélodie que je peux

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je n’ai pas écrit un mot véritablement depuis le 7

je m’aperçois de cela aujourd’hui… la barbe a poussé, le temps de reprendre pied, de passer la tête par-dessus l’eau, Jonas à mon tour, même si les occupations ne manquent pas, que les tâches s’accumulent, qu’il faut faire face au quotidien, aux grandes choses comme aux petites…

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et puis aujourd’hui, on est mercredi 12H21, deux semaines plus tard…
deux semaines, te rends-tu compte ? as-tu vu le temps passer ?
oui, pour certain-e-s, il s’est arrêté…
d’ailleurs, beaucoup parlent d’avant d’après…
il s’agira de savoir pourquoi, comment, où…

de nous réunir…

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je suis, je ne suis pas, je suis autre, ou encore… le silence. il y eut aussi tous les je suis identiques, les tout à fait opposés à l’idée d’être identiques, tout en scrutant le même horizon. à chacun sa manière…
elle est peut-être là, la liberté
la liberté de fabriquer le ensemble, avec les différences

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qu’il faille tous être des je suis identiques ou des je suis chacun dans sa spécificité, il était essentiel de prendre la mesure… d’où ? pourquoi ? comment ? et puis, la suite…? dehors, là-bas, avec les autres, au milieu d’eux…? y être sans se perdre ni dans la masse, ni dans les stratégies, y être pour soi, avec les siens, c’était chose possible

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je suis dirge, je suis death, je suis un morceau à la portée de tous, je suis un chant funèbre, je suis une petite mélodie que je peux siffler, chanter, avec des lalala lalala lalala, qui m’accompagneraient tout au long de la semaine, des semaines à venir, des mois, plus encore, pour les accompagner, eux, elles, toutes les victimes… de l’intolérance, de la loi du plus fort, de la foi du plus fort, quelle qu’elle soit, ici, ailleurs, du retour à la sauvagerie… oui, ils portent aussi le costard-cravate… je suis le moment d’après qui, figé, cherche à reprendre vie, resitue les priorités, rend la clairvoyance, le peu d’esprit critique nécessaire à la cervelle, à l’œil, qu’on a voulu faire taire, paralyser

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en quelques secondes, la porte côté conducteur qui claque à quelques centimètres du genou gauche, un grand souffle en sortant du boulot, à poser le sac au petit triangle rouge sur le siège passager, les clés de la maison et celle du travail sur le même trousseau posées sous le cendrier rempli de petites pièces pour le pain, les horodateurs, à tourner le bouton qui allume la radio, laisse percer le son (voix masculine, féminine ? plus aucune idée…) : deux morts, Charlie, rafales, attentat, des morts, deux hommes, un feu rouge, dix morts, Charlie Hebdo, le boulevard qui monte, l’équipe de Charlie Hebdo, le virage à gauche, encore à gauche, encore un feu, douze morts, le copain devant son écran : « t’as vu ?!!! »

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les lois, les règles, et les libertés. du bon dosage souhaité, des équilibres incertains, jusqu’au moment où…

il faudra choisir son camp, camarade…

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toi qui soutiens les nouveaux discours, happé par la stratégie du choc, as-tu relu Matin Brun de Franck Pavloff ?

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deux caricatures en tête (la réflexion est redessinée…) :

— ce dessinateur qui demande à son rédac chef s’il peut dessiner un chat… l’autre rechigne : « le chat était un animal sacré il y a des siècles, alors, tu sais, il faut faire attention… ». le dessinateur, après un long moment de silence, lui demande alors s’il peut dessiner… une laitue…?

— un gros engin de chantier, un peu militaire, genre pelleteuse ou tractopelle arborant une banderole « patriot act » ou disons « lois liberticides au nom de la sécurité » qui fout en l’air tous les manifestants « je suis Charlie »… pour garantir la liberté, au nom de la sécurité ?

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je suis dirge, je suis death, je suis un morceau à la portée de tous, je suis un chant funèbre, je suis une petite mélodie que je peux…

je suis celui qui écrit : «  je n’accompagnerai pas celles et ceux qui voudront enfermer la liberté dans une cage pour la protéger… » E.5131.

belle année à toi, à vous, à nous toutes, nous tous…

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Hum Toks & E.5131

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« Dirge », Death in Vegas

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"art is resistance"
« art is resistance »

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…un peu de nos histoires…

Ce vendredi dans la maison d’alfée, nous sommes contents de vous présenter (enfin, oui !) les trois productions principales de la compagnie.
Histoire de reprendre notre histoire là où elle s’était reposée, un temps.

Un bâton de pèlerin, des envies, quelques fiertés aussi.

Oui. C’est vrai.

Parce que un pas puis un pas, voilà. Vous savez la suite.

Vous venez ?

Dors,
Dors,

…un peu de poésie…

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Dans la maison d’alfée,

avec les petits des IME, on joue avec les mots,

le son des lettres,

et on recrée des comptines.

Peu importe le sens,

puisque la musique est au-delà du sens,

hors du concept de l’idée,

juste,

la musique scande le mot, le son du mot,

la poésie et ses chants.

(chant pygmée et sanza)

 

Avec les petits et les plus grands, du Sessad par exemple,

on recrée des lignes, des points, une trace,

et on rejoint le graphisme du son,

une partition abstraite, comme un tableau.

La musique c’est aussi la nuance,

tous ces bleus dont on s’abreuve par ici.

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(anselm kiefer, poésie 1969)

 

 

…un peu de rose et de rose et de rose…

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« Once upon a time, the world was round… »

Gertrude Stein, the world is round, illustré par Clément Hurd, 1939

Dans la maison d’alfée, on aime bien jouer avec les mots, la sonorité des mots.

Lorsque le mot n’est plus concept mais jeu vocal.

Il nous permet, par des installations sonores, par des performances communes, de retrouver le son d’une voix perdue dans les inhibitions, les méandres d’une histoire, d’une pathologie.

On joue, on chante, et puis les sons deviendront matière à se dire, à s’entendre. A sourire.

Ici aussi, le bleu est notre couleur préférée.

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…un peu de bleu, un tissu…

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Un tissus bleu chatoyant, vibrant de reflets.

Il est reflets dans la conduite lumière du plateau où nous jouons,

il est océan, étang, ciel et souligne nos jeux de doigts,

et puis surtout, il est notre petit espace créé par nous dans le grand auditorium.

On tourne autour, on s’assied en prenant soin du taffetas, on le froisse quelques fois, on écoute.

On retire les plis, on apprend à ne pas le piétiner. C’est notre chez nous.

Oui on en prend soin.

Et ainsi, on prend aussi soin de nous. Et on chante.

On : pronom indéfini représentant un petit orchestre d’enfants porteurs de handicaps mentaux mais pas seulement, d’inhibition profonde, de psychoses souvent, certaines deviennent névroses, on chante, on joue, on se parle.

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L’atelier d’alfée fait partie du protocole de soin de certaines structures de l’Hôpital de Maison-Blanche (Paris) : jardin thérapeutique, institut médico-éducatif, hôpital de jour

et aussi de l’Areram et du Sessad Mosaïque (Paris).

Nous espérons, bientôt, collaborer avec d’autres.

Vous venez ?

(crédits photographiques : Agathe Elieva pour alfée compagnie)