…un peu de je suis…

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ce matin, dimanche après-midi, mercredi 11H30 (ou dimanche encore
encore plus tard…)

ou mercredi 12H21, mercredi… au moment où chacun, chacun son moment, apprend que ceux qu’on a suivis de près de loin, dans le doute, la crainte, le soutien ou le reproche, ont été assassinés

dans la maison d’alfée

on se dit : « oh, le dimanche 4… ou jusqu’au 7 au matin, c’eut été trop facile… »
on se dit aussi parfois qu’un « bonne année ! » bien envoyé (et dans les temps) sauve des vies… une vie, au moins… un sourire ici vers celle

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je suis dirge, je suis death, je suis un morceau à la portée de tous, je suis un chant funèbre, je suis une petite mélodie que je peux

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je n’ai pas écrit un mot véritablement depuis le 7

je m’aperçois de cela aujourd’hui… la barbe a poussé, le temps de reprendre pied, de passer la tête par-dessus l’eau, Jonas à mon tour, même si les occupations ne manquent pas, que les tâches s’accumulent, qu’il faut faire face au quotidien, aux grandes choses comme aux petites…

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et puis aujourd’hui, on est mercredi 12H21, deux semaines plus tard…
deux semaines, te rends-tu compte ? as-tu vu le temps passer ?
oui, pour certain-e-s, il s’est arrêté…
d’ailleurs, beaucoup parlent d’avant d’après…
il s’agira de savoir pourquoi, comment, où…

de nous réunir…

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je suis, je ne suis pas, je suis autre, ou encore… le silence. il y eut aussi tous les je suis identiques, les tout à fait opposés à l’idée d’être identiques, tout en scrutant le même horizon. à chacun sa manière…
elle est peut-être là, la liberté
la liberté de fabriquer le ensemble, avec les différences

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qu’il faille tous être des je suis identiques ou des je suis chacun dans sa spécificité, il était essentiel de prendre la mesure… d’où ? pourquoi ? comment ? et puis, la suite…? dehors, là-bas, avec les autres, au milieu d’eux…? y être sans se perdre ni dans la masse, ni dans les stratégies, y être pour soi, avec les siens, c’était chose possible

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je suis dirge, je suis death, je suis un morceau à la portée de tous, je suis un chant funèbre, je suis une petite mélodie que je peux siffler, chanter, avec des lalala lalala lalala, qui m’accompagneraient tout au long de la semaine, des semaines à venir, des mois, plus encore, pour les accompagner, eux, elles, toutes les victimes… de l’intolérance, de la loi du plus fort, de la foi du plus fort, quelle qu’elle soit, ici, ailleurs, du retour à la sauvagerie… oui, ils portent aussi le costard-cravate… je suis le moment d’après qui, figé, cherche à reprendre vie, resitue les priorités, rend la clairvoyance, le peu d’esprit critique nécessaire à la cervelle, à l’œil, qu’on a voulu faire taire, paralyser

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en quelques secondes, la porte côté conducteur qui claque à quelques centimètres du genou gauche, un grand souffle en sortant du boulot, à poser le sac au petit triangle rouge sur le siège passager, les clés de la maison et celle du travail sur le même trousseau posées sous le cendrier rempli de petites pièces pour le pain, les horodateurs, à tourner le bouton qui allume la radio, laisse percer le son (voix masculine, féminine ? plus aucune idée…) : deux morts, Charlie, rafales, attentat, des morts, deux hommes, un feu rouge, dix morts, Charlie Hebdo, le boulevard qui monte, l’équipe de Charlie Hebdo, le virage à gauche, encore à gauche, encore un feu, douze morts, le copain devant son écran : « t’as vu ?!!! »

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les lois, les règles, et les libertés. du bon dosage souhaité, des équilibres incertains, jusqu’au moment où…

il faudra choisir son camp, camarade…

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toi qui soutiens les nouveaux discours, happé par la stratégie du choc, as-tu relu Matin Brun de Franck Pavloff ?

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deux caricatures en tête (la réflexion est redessinée…) :

— ce dessinateur qui demande à son rédac chef s’il peut dessiner un chat… l’autre rechigne : « le chat était un animal sacré il y a des siècles, alors, tu sais, il faut faire attention… ». le dessinateur, après un long moment de silence, lui demande alors s’il peut dessiner… une laitue…?

— un gros engin de chantier, un peu militaire, genre pelleteuse ou tractopelle arborant une banderole « patriot act » ou disons « lois liberticides au nom de la sécurité » qui fout en l’air tous les manifestants « je suis Charlie »… pour garantir la liberté, au nom de la sécurité ?

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je suis dirge, je suis death, je suis un morceau à la portée de tous, je suis un chant funèbre, je suis une petite mélodie que je peux…

je suis celui qui écrit : «  je n’accompagnerai pas celles et ceux qui voudront enfermer la liberté dans une cage pour la protéger… » E.5131.

belle année à toi, à vous, à nous toutes, nous tous…

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Hum Toks & E.5131

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« Dirge », Death in Vegas

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"art is resistance"
« art is resistance »

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…un peu de silence…

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Vivre sa vie, un film de Jean-Luc Godard, 1962

Il y est question des mots et du silence.

 » (…)

Elle : Pourquoi vous lisez ?

Lui : C’est mon métier.

Elle : C’est drôle, tout à coup je ne sais pas quoi dire. Ca m’arrive très souvent. Je sais ce que je veux dire, je réfléchis avant de le dire pour savoir si c’est bien ça qu’il faut dire. Mais au moment de le dire… puff je ne suis plus capable de le dire.

Lui : Oui évidemment. Ecoutez, vous avez lu « les trois mousquetaires »?

Elle : Non, mais j’ai vu le film, pourquoi ?

Lui : Parce que. Vous voyez il y a là-bas Porthos, d’ailleurs c’est pas dans « les trois mousquetaires », c’est dans « vingt ans après ». Porthos le grand, le fort, un peu bête, il n’a jamais pensé de sa vie, vous comprenez. Alors une fois il faut qu’il mette une bombe dans un souterrain pour la faire éclater, il le fait, il place sa bombe, il allume la mèche et puis il se sauve naturellement. Et en courant tout à coup il se met à penser. Il pense à quoi? Il se demande comment il est possible qu’il puisse mettre un pied devant l’autre, ça vous est arrivé aussi sans doute. Alors il s’arrête de courir, de marcher, il peut plus, il peut plus avancer. Tout explose, le souterrain lui tombe dessus, il le retient avec ses épaules, il est assez fort, mais finalement au bout d’un jour, deux jours je sais pas, il est écrasé, il meurt.
En somme la première fois qu’il a pensé, il en est mort.

Elle : Pourquoi vous me racontez des histoires comme ça ?

Lui : Comme ça, un peu pour parler.

Elle : Mais pourquoi est-ce qu’il faut toujours parler ? Moi je trouve que très souvent on devrait se taire. Vivre en silence. Plus on parle, plus les mots ne veulent rien dire.

(…) « 

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Quand on ne sait pas le dire, on peut le chanter.

Parfois, dans les ateliers d’alfée avec les petits des IME, on est dans l’incapacité physique de parler. Cela ne nous empêche pas de chanter, moduler des sons, y mettre nos sens, et puis être ensemble. Communiquer comme ils disent. Au-delà du concept, c’est cela, être dans le sens. Parler n’est pas comprendre. Parler n’est pas forcément signifier. Avec les jeunes polyhandicapés, nous parlons avec nos instruments de percussion et nos voix, peu importe ce qu’elles sont. Nous faisons, ensemble, et c’est ce qui importe. C’est cela qui change tout. Dans nos singularités. Dans nos silences.

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Vous venez ?