…un peu de bleu, un tissu…

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Un tissus bleu chatoyant, vibrant de reflets.

Il est reflets dans la conduite lumière du plateau où nous jouons,

il est océan, étang, ciel et souligne nos jeux de doigts,

et puis surtout, il est notre petit espace créé par nous dans le grand auditorium.

On tourne autour, on s’assied en prenant soin du taffetas, on le froisse quelques fois, on écoute.

On retire les plis, on apprend à ne pas le piétiner. C’est notre chez nous.

Oui on en prend soin.

Et ainsi, on prend aussi soin de nous. Et on chante.

On : pronom indéfini représentant un petit orchestre d’enfants porteurs de handicaps mentaux mais pas seulement, d’inhibition profonde, de psychoses souvent, certaines deviennent névroses, on chante, on joue, on se parle.

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L’atelier d’alfée fait partie du protocole de soin de certaines structures de l’Hôpital de Maison-Blanche (Paris) : jardin thérapeutique, institut médico-éducatif, hôpital de jour

et aussi de l’Areram et du Sessad Mosaïque (Paris).

Nous espérons, bientôt, collaborer avec d’autres.

Vous venez ?

(crédits photographiques : Agathe Elieva pour alfée compagnie)

…un peu de Nina…

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Parce que demain ce sera la fin de la saison pour nous et le Pôle Handicap du CMA 19.

Et qu’après trois ans de séance quotidienne, les enfants ont fini le cycle proposé.

Il y aura de la joie, notamment pour deux d’entre eux parce qu’ils rejoindront l’éveil musical du conservatoire hors soin,

Il y aura un peu de mélancolie et de tristesse aussi

parce qu’ici on n’aime pas tellement les fins.

mais nous mettrons à profit le temps de l’été pour nouer de nouveaux contacts avec certaines structures intéressées pour nous accueillir,

quelques institutionnels à solliciter (again and again)

et puis vous aussi,

vous venez ?

…un peu de corde à l’âme…

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Yehudi Menuhin et Ravi Shankar,

ou l’universalité de la musique.

Dans la maison d’alfée, nous avions un rendez-vous important hier. A l’inévitable question : « mais prévoyez-vous d’enregistrer les enfants pour que nous puissions, nous thérapeutes, avoir un aperçu du résultat produit ? » nous avons répondu :

« Nous préférons la musique vivante. Par notre formation, nous nous inscrivons notamment dans la ligne de Sergiù Celibidache. Nous avons été nourris par de grands musiciens comme Menuhin, toujours en recherche, toujours à la découverte, toujours en mouvement vers les autres, dans cette idée étrange que la musique pouvait rassembler. Alors venez avec nous, jouez avec nous, organisons des séances ouvertes à tous, nous vous apprendrons alors ce que nous créons à chaque rencontre. »

Il semble que cela soit en bonne voie.

Il semble qu’il y ait quelques portes qui s’ouvrent de nouveau pour alfée.

…un peu de chaise musicale…

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Chez alfée, il y a des chaises de toutes les couleurs.
Parfois on y dépose un petit instrument et on joue.
C’est comme notre variation du jeu des chaises musicales où il n’y aurait jamais de perdant ni de gagnant non plus d’ailleurs.
Juste on joue.
Et puis on se déplace à son rythme.
Parfois, on ne se déplace pas.
Parce que parfois l’enfant ne peut pas marcher. Alors, il roule, dans son fauteuil. Quelques fois, c’est l’éducatrice qui l’aide.
Peu importe, on joue.

(design de Friso Kramer, exposition à la Galerie Catherine Houard)

…un peu de silence…

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Vivre sa vie, un film de Jean-Luc Godard, 1962

Il y est question des mots et du silence.

 » (…)

Elle : Pourquoi vous lisez ?

Lui : C’est mon métier.

Elle : C’est drôle, tout à coup je ne sais pas quoi dire. Ca m’arrive très souvent. Je sais ce que je veux dire, je réfléchis avant de le dire pour savoir si c’est bien ça qu’il faut dire. Mais au moment de le dire… puff je ne suis plus capable de le dire.

Lui : Oui évidemment. Ecoutez, vous avez lu « les trois mousquetaires »?

Elle : Non, mais j’ai vu le film, pourquoi ?

Lui : Parce que. Vous voyez il y a là-bas Porthos, d’ailleurs c’est pas dans « les trois mousquetaires », c’est dans « vingt ans après ». Porthos le grand, le fort, un peu bête, il n’a jamais pensé de sa vie, vous comprenez. Alors une fois il faut qu’il mette une bombe dans un souterrain pour la faire éclater, il le fait, il place sa bombe, il allume la mèche et puis il se sauve naturellement. Et en courant tout à coup il se met à penser. Il pense à quoi? Il se demande comment il est possible qu’il puisse mettre un pied devant l’autre, ça vous est arrivé aussi sans doute. Alors il s’arrête de courir, de marcher, il peut plus, il peut plus avancer. Tout explose, le souterrain lui tombe dessus, il le retient avec ses épaules, il est assez fort, mais finalement au bout d’un jour, deux jours je sais pas, il est écrasé, il meurt.
En somme la première fois qu’il a pensé, il en est mort.

Elle : Pourquoi vous me racontez des histoires comme ça ?

Lui : Comme ça, un peu pour parler.

Elle : Mais pourquoi est-ce qu’il faut toujours parler ? Moi je trouve que très souvent on devrait se taire. Vivre en silence. Plus on parle, plus les mots ne veulent rien dire.

(…) « 

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Quand on ne sait pas le dire, on peut le chanter.

Parfois, dans les ateliers d’alfée avec les petits des IME, on est dans l’incapacité physique de parler. Cela ne nous empêche pas de chanter, moduler des sons, y mettre nos sens, et puis être ensemble. Communiquer comme ils disent. Au-delà du concept, c’est cela, être dans le sens. Parler n’est pas comprendre. Parler n’est pas forcément signifier. Avec les jeunes polyhandicapés, nous parlons avec nos instruments de percussion et nos voix, peu importe ce qu’elles sont. Nous faisons, ensemble, et c’est ce qui importe. C’est cela qui change tout. Dans nos singularités. Dans nos silences.

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Vous venez ?

 

…un peu dans le burlesque du monde…

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Parce que notre association, notre compagnie alfée, c’est aussi comme une roulotte avec de la musique et du théâtre, beaucoup d’improvisation, une troupe d’artistes nomades, de l’enfance, de la transmission (par l’art et avec l’art), nos différences et cette envie de partager. Qui sait même : dans le grand burlesque du monde, apporter quelques notes de fraternité.

aujourd’hui nous avions envie d’être un peu avec Buster Keaton et Charlie Chaplin :

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… Limelight, les lumières de la ville …

On parle finalement trop peu du rapport à la musique de ces deux-là. Et c’est bien dommage.

Un célèbre extrait du film, ici :

Bonne semaine !