…un peu du jardin de rose..

Massoud par Reza
Massoud par Reza

Parce qu’il y a des jours où l’on se souvient.

Oui c’est vrai par ici, on aime se souvenir. C’est un peu malgré nous, ce regard et ces résonances d’un temps à l’autre, d’une ligne à l’autre, d’une note à une autre. Musique.

Il y a des jours où l’on voyage, assis là, à sa table. On s’échappe, on écoute, on sent l’air embaumé de fleurs. On se plait à penser que le monde est autre. Qu’un rien dans l’air, une brise, un parfum de rose et de jasmin suffirait à couvrir leur vacarme. Cela fonctionne le temps, le temps de la musique.

La corde vibre, d’une parole l’autre, d’un frottement l’autre, d’une vérité l’autre, d’un homme l’autre, d’une racine l’autre, peu importe : c’est la même essence. Celle de ce matin dans la maison d’alfée, un 4 août.

Un peu à l’abri des nouvelles, ici, dans le bureau de bois clair, en bordure de périphérique. J’écoute le kamanché, je sens le vent dans les montagnes, j’entends le rire des hommes, je lis des poèmes et je me souviens. Je travaille.

« Dans le jardin des roses, hier, l’aube pointait.
La nuit passée, dans mon ivresse, s’effaçait.
J’étais pareil au rossignol.

Des amis, un flacon de vin, du loisir, un livre, un coin parmi les fleurs…
Je n’échangerai pas cette joie pour un monde, présent ou à venir.

Que m’importent les tulipes et les roses,
puisque par la pitié du Ciel,
j’ai, pour moi seul, tout le jardin.

Si, comme Alexandre, tu prétends à la vie éternelle, cherche-la sur les lèvres roses de cette ravissante beauté.

Rien n’est meilleur que le plaisir, fête au jardin, le vin, les roses
Où est passé notre serveur? Il tarde à venir. Qu’attend-il? »

Hafez (~1325-~1390 ) ghazel extrait du Divan

…un peu d’andalouse, un matin au Pôle Handicap

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Federico Garcia Lorca au piano,

 

Un matin comme un autre, au Pôle Handicap :
On fera de cette journée une balade andalouse (retrouver ma robe rouge), chanter pieds nus sur le plateau, faire du tissus bleu chatoyant les reflets du soleil dans la Méditerranée, donner le rythme du vent, entendre le rire de T. dans la mélopée, retrouver sa langue maternelle, s’ouvrir au monde, pieds nus dans l’eau, un tambourin en cadence, léger, le triangle comme l’ostinato de nos cavalcades, et nos voix, comme nos pieds, libres. A l’abri du monde.

 

 

sur Le Jour Dénudé, aussi, L’ire nue 13, avec Garcia Lorca

…un peu de poésie…

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Dans la maison d’alfée,

avec les petits des IME, on joue avec les mots,

le son des lettres,

et on recrée des comptines.

Peu importe le sens,

puisque la musique est au-delà du sens,

hors du concept de l’idée,

juste,

la musique scande le mot, le son du mot,

la poésie et ses chants.

(chant pygmée et sanza)

 

Avec les petits et les plus grands, du Sessad par exemple,

on recrée des lignes, des points, une trace,

et on rejoint le graphisme du son,

une partition abstraite, comme un tableau.

La musique c’est aussi la nuance,

tous ces bleus dont on s’abreuve par ici.

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(anselm kiefer, poésie 1969)

 

 

…un peu de rose et de rose et de rose…

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« Once upon a time, the world was round… »

Gertrude Stein, the world is round, illustré par Clément Hurd, 1939

Dans la maison d’alfée, on aime bien jouer avec les mots, la sonorité des mots.

Lorsque le mot n’est plus concept mais jeu vocal.

Il nous permet, par des installations sonores, par des performances communes, de retrouver le son d’une voix perdue dans les inhibitions, les méandres d’une histoire, d’une pathologie.

On joue, on chante, et puis les sons deviendront matière à se dire, à s’entendre. A sourire.

Ici aussi, le bleu est notre couleur préférée.

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