…un peu de pulse…

© Olivier Seignette
© Olivier Seignette

Garde ta pulse, trouve ton battement, régulier avance, marche. Dans la maison d’alfée, dimanche. Un dimanche comme un lendemain. Un lendemain de dernier jour. Un dimanche comme un veille. Demain, la maison d’alfée souffle ses deux bougies. Deux ans d’un peu, de partage, de chronique, de marche, de 1+1+1+, de musique, d’art, d’enfance. Deux ans de bleu. Et d’amis. Demain, et le jour d’après, nous continuerons à marcher. Droit devant. Jonas un peu sous l’eau, pliant dans les vents contraires, mais on sait, on a l’habitude, on n’a pas peur. Un pas puis un autre, on marche. Garde ta pulse camarade. Joue avec, et retombe sur tes pieds, le bras fier. On avance. Nouveau chapitre d’alfée, elle veille. Lumière allumée, toujours en alerte. Le long terme est l’allure. Le mouvement est la vie. On marche même lorsque personne n’y croit. Le Pôle Handicap du CMA 19 ferme dans sa forme mise en place depuis la rentrée de septembre 2010. La Ville n’a pas souhaité l’institutionnaliser, pour une nouvelle direction il est devenu un « projet personnel ». Ce qui signifie que si la personne s’en va, le Pôle ferme. Soit. Fermons. Dans la maison d’alfée, si on te ferme une porte, tu cherches la fenêtre. Et tu trouves. Vous venez ?

…un peu de nous, histoire…

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Demain, nous serons mardi. Et ce mardi, nous fêterons la 5e rentrée du Pôle Handicap du CMA 19.

Pour en arriver là, il a fallu un peu de temps, un peu d’histoire, un peu de vie.

Une naissance, tout plein de différences, une mort, un stage d’enseignement du théâtre avec des jeunes trisomiques, un Papotin, deux films ( un Huitième Jour et un Monde du Silence), des convictions, quelques impossibles, une obstination, la naissance d’alfée en 2003, des portes ouvertes, la création d’un premier atelier au sein d’un conservatoire (le CMA 15) avec l’association des Musicoliers, une clé sous la porte, des éducatrices spécialisées formidables, des conventions, de l’autisme et de l’inhibition, du polyhandicap et des rires, quelques crises d’épilepsie, des larmes, de la bave, de la tendresse, une notion de temps,

et puis, enfin, des retrouvailles, un directeur de conservatoire (Hacène Larbi au CMA 19), deux bâtons de pèlerin, 5 heures par jour 4 jours par semaine pendant 3 mois de coups de téléphone/rendez-vous/feutres rouge ou vert ou noir, des réunions, négociations, un psychiatre médecin chef,

une rentrée, puis une 2e, demain.

Entre temps, une politique de l’ARS, des choix administratifs, des portes fermées, de la non reconnaissance, des claques, des faux amis, des étiquettes, des non !,

la maison d’alfée trace une route, la sienne, la notre, singulière, loin des subventions, des appels d’offre et des comptes à rendre, c’est vrai, l’art c’est tout ce qui reste,

une maison avec des souvenirs dedans, et un plus un plus un, la conviction que demain. Tout ira bien.

Vous venez ?

 

Yoav Friedlander
Yoav Friedlander

…un peu de berceuse,

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Parce que souvent dans la maison d’alfée,

le mardi matin, au Pôle Handicap,

on peut nous entendre chanter des berceuses,
ce déploiement de la mamané,

la voix maternante pour une langue maternelle à retrouver,

bercer, chanter, réconforter,
vivre.

C’est aussi le propos de notre création autour des berceuses, avec Ombeline et son papa « une nuit sur le jardin du monde »

Vous venez ?

…un peu d’andalouse, un matin au Pôle Handicap

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Federico Garcia Lorca au piano,

 

Un matin comme un autre, au Pôle Handicap :
On fera de cette journée une balade andalouse (retrouver ma robe rouge), chanter pieds nus sur le plateau, faire du tissus bleu chatoyant les reflets du soleil dans la Méditerranée, donner le rythme du vent, entendre le rire de T. dans la mélopée, retrouver sa langue maternelle, s’ouvrir au monde, pieds nus dans l’eau, un tambourin en cadence, léger, le triangle comme l’ostinato de nos cavalcades, et nos voix, comme nos pieds, libres. A l’abri du monde.

 

 

sur Le Jour Dénudé, aussi, L’ire nue 13, avec Garcia Lorca

…un peu de don…

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Caitro Soto joue du cajòn péruvien

Dans la maison d’alfée aussi nous avons été choyés :

grâce à nos nouveaux adhérents, nous avons pu acquérir ce nouvel instrument : le cajòn

Il nous accompagnera pendant nos ateliers et performances

et les petits, les plus grands, les jeunes des structures médico-éducatives pourront s’en donner à pleines mains.

D’une main à une autre,

d’une main tendue à une main musicienne : le geste et la présence.

Merci à vous, qui allez vous reconnaître.

Vous venez ?

…un peu de sable fin, de collage et de ce Pôle Handicap précieux…

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Collage de l’interview accordé par Agathe Elieva à la lettre d’@ctualité (Direction des Affaires Culturelles, Paris, novembre 2012)

« J’espère apporter aux autres autant que ce que je reçois. L’exploration de la matière sonore avec les publics des Parcours Différenciés et particulièrement celui dont je suis référente « Création & Improvisation » ouvre des portes et montre qu’enseigner autrement est possible. Le retour positif des parents et des équipes médicales m’aide à faire évoluer ma pratique notamment celle des cours d’initiation-éveil pour les enfants à partir de 4 ans »

Parce qu’ici, oui, l’un est dans l’autre, tout s’entremêle et se tisse,

des petits de l’éveil aux petits des ime, de la création artistique (mais quel est donc notre fil rouge ?) à l’improvisation,

dans, entre, hors les murs, les lignes et tutti quanti,

 

parce que bientôt, ce sera le bilan de l’année écoulée, fin du sablier,

sable fin, sable humide, grain dans les rouages souvent,

sable retourné,

nous on continue.

 

Vous venez ?

 

 

 

…un peu de souffle

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J’avais pris les petites routes jusqu’à Apt. Regardé à droite, à gauche, cherché la sous-préfecture. Cligné de l’oeil avec le soleil pâle de décembre. Les papiers sur le siège du mort. Tout était prêt. Rien oublié. Vingt fois j’avais vérifié le contenu. Les signatures. Les statuts et l’idée force d’universalité. C’est-à-dire, aucune limite, ou alors le moins possible.

Des initiales, un peu de magie, de l’agir et des copains. Alfée était née des terres brûlées. Tout pouvait commencer. C’était l’avenir en marche.

Depuis il y a eu du sommeil, des impossibilités, du temps qui passe, à l’ombre, et puis de plus en plus de lumière, des créations, des conventions, des rencontres formidables, des avancées, un site, du partage, de l’émulation, une précision des choses, de ce qui nous lie,

 

 

 

merci à tous ceux avec qui les événements ont été partagés, pensés, vécus, créés, dépassés aussi.

merci à ceux qui ont rejoint notre maison en construction, toujours, chaque jour, encore un peu plus.

merci à tous les enfants avec qui nous avons joué, avec qui nous jouons encore, avec qui nous jouerons demain.

 

Vous venez ?

On souffle.

Dix bougies.

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@ colin blakely

…un peu de bleu, un tissu…

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Un tissus bleu chatoyant, vibrant de reflets.

Il est reflets dans la conduite lumière du plateau où nous jouons,

il est océan, étang, ciel et souligne nos jeux de doigts,

et puis surtout, il est notre petit espace créé par nous dans le grand auditorium.

On tourne autour, on s’assied en prenant soin du taffetas, on le froisse quelques fois, on écoute.

On retire les plis, on apprend à ne pas le piétiner. C’est notre chez nous.

Oui on en prend soin.

Et ainsi, on prend aussi soin de nous. Et on chante.

On : pronom indéfini représentant un petit orchestre d’enfants porteurs de handicaps mentaux mais pas seulement, d’inhibition profonde, de psychoses souvent, certaines deviennent névroses, on chante, on joue, on se parle.

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L’atelier d’alfée fait partie du protocole de soin de certaines structures de l’Hôpital de Maison-Blanche (Paris) : jardin thérapeutique, institut médico-éducatif, hôpital de jour

et aussi de l’Areram et du Sessad Mosaïque (Paris).

Nous espérons, bientôt, collaborer avec d’autres.

Vous venez ?

(crédits photographiques : Agathe Elieva pour alfée compagnie)

…un peu de corde à l’âme…

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Yehudi Menuhin et Ravi Shankar,

ou l’universalité de la musique.

Dans la maison d’alfée, nous avions un rendez-vous important hier. A l’inévitable question : « mais prévoyez-vous d’enregistrer les enfants pour que nous puissions, nous thérapeutes, avoir un aperçu du résultat produit ? » nous avons répondu :

« Nous préférons la musique vivante. Par notre formation, nous nous inscrivons notamment dans la ligne de Sergiù Celibidache. Nous avons été nourris par de grands musiciens comme Menuhin, toujours en recherche, toujours à la découverte, toujours en mouvement vers les autres, dans cette idée étrange que la musique pouvait rassembler. Alors venez avec nous, jouez avec nous, organisons des séances ouvertes à tous, nous vous apprendrons alors ce que nous créons à chaque rencontre. »

Il semble que cela soit en bonne voie.

Il semble qu’il y ait quelques portes qui s’ouvrent de nouveau pour alfée.

…un peu de chaise musicale…

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Chez alfée, il y a des chaises de toutes les couleurs.
Parfois on y dépose un petit instrument et on joue.
C’est comme notre variation du jeu des chaises musicales où il n’y aurait jamais de perdant ni de gagnant non plus d’ailleurs.
Juste on joue.
Et puis on se déplace à son rythme.
Parfois, on ne se déplace pas.
Parce que parfois l’enfant ne peut pas marcher. Alors, il roule, dans son fauteuil. Quelques fois, c’est l’éducatrice qui l’aide.
Peu importe, on joue.

(design de Friso Kramer, exposition à la Galerie Catherine Houard)